Le défi

C’était un lièvre à moitié fou
qui se croyait plus malin
qu’un aigle qui a faim

mais ça court vite un aigle

un aigle qui a faim
c’est une brute en chemin

le lièvre dit :

« je suis fort aussi
je peux faire le dernier pli
remporter la partie
la chance, ça compte aussi »

un porte bonheur ?

une patte de lapin ?

mieux que ça
il en a quatre sur lui

un trèfle à quatre feuilles ?

les trèfles à quatre feuilles
il les mange en salade
il se purge avec

un fer à cheval ?

l’hippodrome n’est pas si loin
et c’est l’heure de la cinquième

« du haut de la colline
je vais lancer un défi
je vais pousser mon cri
l’honneur, ça compte aussi
j’ai attendu toute ma vie

con d’aigle, je te défie ! »

la partie est lancée

la ligne d’arrivée ?

en bas, dans les fourrés, après le fossé

faites vos jeux
rien ne va plus
les paris sont lancés

une ombre immense
un cri, une haleine dans le ciel

une pensée folle :

« après, après, je ferai la fête
je féliciterai l’athlète accompli que je suis
après, après, je prendrai du repos »

l’ombre de l’aigle est loin derrière
tandis que la sienne le suit

« merde ! de quel côté est le soleil ? »

le fossé, enfin !

le lièvre bondit…

quand on joue contre un aigle
on perd souvent en toute fin de partie
car on joue la montre, aussi






(Image par PublicDomainPictures de Pixabay)


Face à face

Hé, bleu du ciel !

c’est toi l’auteur du soleil ?

alors là, chapeau

t’as pas froid aux yeux

tu le vois là-bas, le petit nuage ?

celui qui sourit, qui te tend les bras

je vous laisse, il veut te parler

en ciel à ciel

de soleil à soleil






(Photo : just_sky_2 de jasejc)


C’est l’automne

Les jeunes feuilles mortes tombent tombent

dans l’air, elles creusent leurs tombes
d’un mouvement régulier

le vent les berce de caresses légères
légèrement mortuaires

c’est la fin

elles s’en balancent
elles dansent sur un air du vent

ça leur creuse une petite faim
alors elles feintent…

les jeunes feuilles mortes
se balancent mollassonnes en se dandinant

soudain !

elles se jettent sur les passantes
qui se dandinent en se déhanchant

tout se joue en quelques hanches et dandinements
car qui se dandine dîne de tout mouvement

les passantes sont au régime
les jeunes feuilles mortes jeunent aussi

dans chaque rue, chaque ruelle
elles se ruent sur elles
pour un dernier repas
de courbes et de charme

pour la dernière cigarette
elles partiront en fumée
roulées dans des flammes

mais à la nuit tombale
on ramasse des passantes à la pelle

à l’appel, il leur manque
des courbes et du charme






(Photo : feuille morte de apfelauge)


Vitrine de la Lune

La nuit, dès que la terre dort
la Lune est au four et au moulin

au fournil, elle fourmille d’idées
ses formes rondes pétrissent la nuit d’ombres
aux formes boulangères

la nuit, la Lune façonne des croissants
des brioches, des petits pains, des chaussons
dorés au soleil dès l’ombre de la Terre

elle les expose tout chauds
dans sa vitrine au ciel

mais la Lune qui est étourdie
qui s’étourdit de son génie
la Lune essaime dans sa traîne
des particules farineuses de poudre stellaire
jusqu’au nez et à la barbe du Soleil

le Soleil, allergique aux farines
le Soleil irritable qui s’emporte

éructe de puissantes colères
éternue de terribles tempêtes
jusqu’aux portes de la Terre






(Photo : Crescent moon de Nicholas Jones)


vénéneux / venimeux

Il est fortement recommandé
de ne pas cueillir à main nue
de serpents vénéneux par la queue

il vous en mordrait

vous vous en mordriez les doigts





Sur la piste d’une truffe
un cochon s’est fait mordre
par un champignon venimeux, haineux






(Photo : Amanite phalloïde de Rhian)


Tracer la piste

Il le sait bien le loup
qu’au moindre doute
à la chasse on l’enverra
perdre sa place

alors il fonce sur la piste
pour approcher la place
du dernier de la chasse

mais quand le piège
sent trop le renfermé
il n’est pas non plus
né de la dernière pluie
le loup

il entend quelqu’un
effacer ses traces

s’il n’y prend garde
bientôt, il aura disparu

on a repris sa piste !

alors il fonce
il fonce comme un fou

et sa mauvaise haleine ?
alors là, il s’en fout !

ils veulent lui faire une crasse ?
en faire le dindon d’une farce ?

il se casse, il trace
il les laisse sur place

il mangera demain
pour l’heure, il court

la vie ? il la dévore !
aujourd’hui encore
il est plein de vie

alors il court, il court le loup

il mangera demain
se vengera de faim






(Photo de : Wolf de pike JO)


C’est la rentrée

« … est à apprendre par cœur
pour mercredi matin prochain

ceux qui ne sauront pas
ou qui ne seront pas là
seront collés l’après-midi
et leurs oreilles décollées

ils devront les recoller
pendant l’heure de colle

prévoir un gros tube de colle
et une bonne agrafeuse

pour les habitués

rendez-vous directement
au point de colle habituel
pour aller au coin
avec un bonnet d’âme
de mauvais élève

et maintenant…

interro surprise !

sileeence !!!

sortez tous un p’tit bout d’papier

voici une image

vous avez une minute de silence
pour trouver la bonne réponse par écrit

après, je ramasse les copies »



(réponse plus bas)

(image 6llabe.com réalisée sur Paint)











Pour les mauvais élèves, la réponse est : Le magnifique homme de Rio
avec feu tout feu tout flammes, Monsieur Jean-Paul Bebel Belmondo




(Photo de l’agrafeuse : A « Vanguard » stapler de Andy / Andrew Fogg)


Mer de velours

Pré vert
mer bleue
soleil jaune
nuage blanc

prés verts
ciels bleus
soleils d’orangeade
océans de limonade
nuages de crèmes glacées

ciel bleu
mer d’encre
encre rouge
un aileron passe

ciel de mariée
ancres de Chine
thons rouges
pauvres pêcheurs
privés de tout

farniente
crèmes glacées
petites pépées
grosses claques

mer côtelée de vagues de velours
pantalon de velours
grosse côtes
années 70






(Photo : Blue Sea de tom tom)


Tour de passe-passe

J’y mal y pense :


un passe-partout

même salutaire, même sanitaire

se pourrait-il dissimuler

un projet rapetou

dans son sac à malices ?


sac rempli à craquer


des plus mauvais tours :


des tours de magie, des tours de vis

des tours de force, une tour de contrôle

et des tours de vices, chacun à son tour



jusqu’au dernier tour
:


le contrôle de tous

contrôle absolu






Ça y est, c’est fait !

ils m’ont eu, c’est fini
on m’a injecté la deuxième dose

je suis cuit, je suis foutu
je ne suis plus que l’ombre de moi-même
parmi d’autres ombres, ombres d’elles-mêmes

ils ne m’ont même pas attaché
c’est moi qui suis venu de mon plein gré

je n’ai pas trop eu le choix, il faut bien manger

je travaille dans un centre inhospitalier
ils tuent des gens tous les jours
et ils s’en lavent les mains

ils font tourner la machine
c’est du business désinfecté

le pharmacien, l’enfoiré, il a mis la dose !

je lui parlai chiffon, 5G
il n’a pas du tout aimé
il m’a fait deux piqures pour le prix d’une

je ne lui ai même pas cassé la gueule
je suis juste parti en volant deux boîtes de Doliprane

ce matin

en rasant la glace de bonne heure
j’ai préféré fermer les yeux
pour éviter de me couper

ça n’a pas raté…

j’ai juste ouvert un œil
pour stopper l’hémorragie
et j’ai vu un type qui souriait jaune

un traître, un félon
un renégat de ses premières convictions

même si du coup
je me suis sauvé la vie, en fait
avec ce vaccin !

j’aurais eu un chat noir à portée de main
je lui aurais demander de me labourer le visage

du temps de feu ma dignité
j’étais sûr de faire partie un jour
d’une Résistance active et citoyenne

mais non

dès la première injonction de l’État :
je cours, je cours vers ma première injection !

deuxième injonction :
pareille ! je cours, je cours !

un vrai béni-oui-oui

au moins, suis-je en règle maintenant

cela dit

à tous ceux qui voudrait me jeter
une bassine d’opprobre sur la tête

qu’ils balayent d’abord le cri
des corneilles devant leur porte






(Photo : keys de ke dickinson)


Faux bijou

Endormie dans l’herbe
elle ne vit pas le perce-oreille
ôter la boucle à son oreille

puis du bout de sa pince
se pendre pour un bijou
plaqué sans or sur sa joue
à écouter ses rêves
à la porte de l’oreille

la chenille en passant
lui chatouilla le ventre

elle se réveilla

vite ! le perce-oreille lâcha sa prise
il était laid, il faisait peur à voir

elle retrouva sa boucle dans l’herbe

quel drôle de rêve :

un perce-oreille, une chenille
mais pas de mouches ?
si près des vaches ?






(Photo : Carnelian earrings de Outi)


L’offre

Au bar je lui ai demandé :

– qu’est-ce tu fais de beau
dans la vie, ma beauté ?

elle m’a rit au nez, elle m’a dit :

– rien, je traque mes émotions
je fais trébucher des regards
et j’offre des cicatrices

qu’est-ce que tu prends ?
c’est moi qui offre




______________________________

– Tu fais quoi dans la vie ?

– Rien. Je poursuis des émotions,
je trébuche dans des regards
et je collectionne des cicatrices.

Charles Monroe Schulz






(Photo : a heart of gold de Theophilos Papadopoulos)


Accès par le corps

Par son corps

j’accède à son âme
certes lointaine
mais présente en ce corps

par son corps

j’accède à ses humeurs
souvent maussades
au réveil du corps

par son corps

j’accède à sa chaleur
à la chaleur de son corps

par son corps

j’accède à son corps
témoin d’une âme par la chaleur






(Photo : a heart of gold de Theophilos Papadopoulos)


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