Épitaphes

Ci-gît,

un cœur d’artichaut
abattu comme un chien
foudroyé par le désir

achevé à bout portant
d’une gratouillette à la tête
tirée d’un doigt armé
d’un ongle rouge silencieux

l’amour ne lui a pas laissé
l’ombre d’une chance
c’est un assassinat

bonjour les dégâts



Ci-gît, un fou

qui remercie l’enclume du bout des bras
d’avoir forgé ses os en plusieurs fois
afin qu’elle meurt dans la douleur
la belle aux formes généreuses

afin qu’il naisse dans l’au-delà
l’oubli des courbes dangereuses
qui dansaient voluptueuses
dans un combat au cœur à corps
plein de coups bas



Mais la cruelle s’en sortira

repentie, elle s’écriera :

« il était une fois un grand Roi
armé d’une poignée de sable dans le vent
qui sema Alléluia, qui s’écria :

‘allez les gars, on y croit
une fois seulement, l’amour vaincra
ça suffira, ça passera’

aux cœurs réduits en espadrilles, il dit un jour :

‘soldez tous les vieux jours
devenez mes troubadours
battez comme mes tambours
allez en paix, le cœur à l’amour’ »






(Image par M W de Pixabay)


Outrage à Don Juan

Pour outrage sur la voie publique
à un représentant de l’ordre du désir

vous êtes tenue d’accepter sous huitaine
d’huîtres et de roses en bouquet
un rendez-vous galant

où vous me présenterez
et c’est bien la moindre des choses
vos plus plates, j’insiste !
préférées bouteilles d’eaux calmes
sur ces cartes de vins hors de prix

n’ayez crainte d’être assommée
de paroles plates ou creuses
je veillerai à faire le délice de vos oreilles
en les comblant de boucles d’or et de diamant
sorties tout droit de l’écrin d’un poème d’Orient

dites-moi simplement
le jour et l’heure
de ce duel de cœurs battants
de la pointe des mots doux

en soirée de préférence
que nous puissions plus avant
deviser jusque tard dans la nuit






(Photo : Naomiki Sato – various roses de Daniele Adami)


Vigilance

Prisonnier, qu’as-tu fait ?

pendant que tu dormais
ta liberté s’est envolée

la vigie qui sommeillait
l’a laissé s’échapper

elle est libre d’aller
elle a gagné sa liberté

elle s’est fait la malle !






(Image par David Nisley de Pixabay)


Adieu, Félix

(Photo prise quelques jours avant)





Félix était heureux

à sept lieues d’ici
de se douter un jour
que l’oiseau rouge feu
qui le fixait de haut
était le Phénix fameux

Félix le fabuleux
fameux chasseur
d’après lui-même
d’après ses yeux

Félix, jeune chat trop vif et noir

toujours prêt à ruer pour jouer
à s’ébrouer dans les brancards
à se jeter dans le noir

chaussa d’un bond
ses bottes de 7 lieues, ses griffes

d’un bond, vite !
le ‘traper par la queue

meeerde ! trop tard

d’un bond
ses bottes, ses griffes

et se jeta dans les cieux






(Photo : Felix de Tracey Adams)


Quand j’étais poilu

Poilu est le surnom donné aux soldats
de la Première Guerre mondiale
qui étaient dans les tranchées.


L’armistice du 11 nov 1918 a mis fin aux combats
de la Première Guerre mondiale (1914-1918).

Wikipédia

(La fameuse encyclopédie « gratuite » en ligne
qui a tout le temps, tout le temps besoin d’argent.)




Quand j’étais poilu :
Mémoires d’outre-vie



Dans une autre vie que j’étais poilu
on se lavait à l’obus

ça lave bien l’obus
surtout sous la pluie

il en fallait du courage en hiver
pour se laver à même l’obus glacé

il y avait aussi la pluie horizontale
du baiser des mitrailles
pour bien rincer les éclats d’obus
au niveau de l’œil
de la rotule ou du nombril

pour le dessert
on nous lançait des grenades bien mûres
qui explosaient en couleurs tropicales
dans les assiettes des visages

pour se raser
on avait une baïonnette bic
on l’aiguisait sur des crânes
on l’essuyait dans des entrailles

elle n’était pas jetable
gare à celui qui la perdait
il la payait de sa vie

pour se recoudre les blessures
on avait du fil de fer barbelé
ça tenait mieux que le fer rouge

c’était la guerre
on ne faisait pas de manières

on mangeait les rats crus
on disait des rats
pour que ça ait bon goût
mais souvent c’était des pieds
et ils étaient toujours très sales

quand on s’ennuyait de froid
on chargeait sous le feu ennemi
ça réchauffait le sang des peureux

un bon radiesthésiste
pouvait cibler aux artilleurs
une pièce de 10 sous
dans la poche d’un colonel à moustaches
dans un bunker mal enfumé

pour pleurer sans risquer de se faire fusiller
il fallait rire aux larmes
ou bien verser les larmes à l’intérieur
et puis pisser dans des bouteilles

comme ça, la boue était salée
ça rappelait le bord de mer
c’était nos « vacances » à la guerre



sur un long message
un bon pigeon voyageur
pouvait battre d’une courte tête
un télégraphiste chevronné
sur un 5 000 ou 10 000 mètres sentinelles

souvent, une sentinelle abattait le pigeon

mais pour les sentinelles
les consignes étaient strictes :

interdiction de fumer
et surtout de fumer en groupe
à cause de la flamme de l’allumette

sinon

la première sentinelle
faisait repérer le groupe à un tireur ennemi

la seconde sentinelle
se retrouvait dans la ligne de mire du tireur

et la troisième sentinelle
se prenait à coup sûr en pleine tête
une fiente de pigeon ennemi tireur-voyageur
embusqué au ciel avec son message

un message très clair
à l’adresse de l’ennemi






(Photo : Chewbacca de Barkar B)


Le gilet

J’ai failli si souvent

mais presque très souvent
j’ai plus souvent failli
que souvent réussi

j’ai failli si souvent
que j’ai fini par tricoter les mailles
d’un gilet pare-failles
un gilet pare-tout

que je porte en pare-mal
qui me protège des mauvais coups
qui m’absout d’à-peu-près tout
même des blagues à deux balles

un gilet à deux coups
rechargeable par chargeur de failles
par-dessous le corps de larmes






(Photo : savanna de MitsukoTonouchi ← !!!!!)


Apocalypse selon St-Jacques

Alors

on leur donna des fourches
et à d’autres des piques
pour surveiller la cuisson
de tous ceux et celles qui avaient ri
en les jetant vivantes
dans des marmites d’eau bouillante

elles, les coquilles Saint-Jacques

mais aussi les homards, les langoustines
et sans oublier, tous les oubliés :

les poissons panés !

ces poissons sans queue ni tête
ces poissons un peu bêtes
jetés vivants rectangulaires
dans un état de stress géométrique
sur fond de poêles chauffées à blanc
tapissées d’huile

écoutez-le hurler, le poisson pané
le poisson pané ne crie pas, il ne hurle pas
le poisson pané frit, c’est son cri à lui

son hurlement !

mais ils auront leur revanche
les poissons panés
mais elles auront leur vengeance
les coquilles Saint-Jacques

« que faisiez-vous aux temps chauds
des cuissons dans l’eau, dans l’huile
de tous nos amis jetés vivants ? »

demandèrent-elles lors du procès
à tous ces guère emprunts à rire maintenant

« eh bien, nuit et jour
nous riions, nous mangions
ne vous déplaise »

« ah, vous riiez
ah, vous mangiez nos amis
eh bien, hurlez maintenant

eh bien, souffrez maintenant qu’à notre tour
nous vous fassions souffrir, vous et vos amis
et nous nous régalions de vos souffrances
car elles nous sont si savoureuses, si délicieuses

ne vous déplaise »






(Image par LoggaWiggler de Pixabay)


Le veilleur de la nuit

Tigre, tigre
enrobé, sans complexe

en robe de terreur
tu traînes dans les nuits
la nuit est ta reine
la chasse ton royaume

enrôlé de force dans
« le veilleur de la nuit »
tu t’imposes d’entrée
comme le tueur de la série

un tueur périodique
presque épisodique
qui s’investit dans la série
à chaque épisode produit
comme tueur en série

on voit bien qu’à vue d’œil
le tueur grossit

tigre, tigre
sans complexe
pour le poids de ta force

pour une grosse bête
tu connais bien ton texte
tu surgis, puis rugis
mais toujours trop tard !

sans conteste
de tous les dangers
qui jaillissent de la nuit
tu es de très loin
l’aigle de la jungle






(Image par Gerhard G. de Pixabay)


Le fantôme

Dehors
le criquet en faisait des tonnes
avec ses « cric cric cric »

le chien, lui, croquait ses croquettes
« shroc shroc shroc »

à l’intérieur
le chat se grattait à la grecque
en luttant contre ses puces romaines
« shrac shrac shrac »

en haut
le plancher craqua
« crac »

pourtant
il n’y avait personne

le criquet s’arrêta net de criquer
« ………. »

la cruche, elle
elle croyait aux fantômes
« c’est peut-être un miracle ? »
se risqua-t-elle

le chat la regarda
préférant ne rien dire

qu’elle était gourde cette cruche
elle était vide de bons sens et d’eau

à en croire ses babines
elles étaient bonnes les croquettes

il voulut laper de l’eau
mais la gourde resta sourde
elle resta vide à ses appels

mais quelle cruche, celle-là !

équilibre brisé
elle s’écroula en mille morceaux
« plinnnnnk »

au grenier
le craquement s’arrêta net
« cr………. »

était-ce le fantôme ?

dans leur effroi
les puces bondirent par la fenêtre
aussitôt précédées par leur maître

empruntant la voie des airs
la cruche s’éleva jusqu’au grenier
laissant à terre ses mille morceaux

quelle ne fut sa surprise
car la pièce était vide
aucune trace du fantôme

elle fit un pas sur le plancher

le plancher craqua
« crac »

« j’avais donc raison
il y a bien un fantôme ici
et moi qui me croyais une cruche
dans le regard des autres

mais quelle gourde je suis !

aaah !

toute cette histoire m’a donné soif
j’ai une de ces soifs de vivre
je me sens mille fois plus vivante
sans mes mille morceaux
et je me sens légère, légère
je me sens pleine d’esprit »

elle n’était plus si gourde sur sa faim de vie

au final, elle avait tout compris :

tu vis, tu vis ; tu meurs, tu vis
simplement, tu la vis ailleurs

elle a juste fait un p’tit « coucou » à ses amis
et elle est partie sans son argile
en filant comme une étoile






(Image par analogicus de Pixabay)


Le défi

C’était un lièvre à moitié fou
qui se croyait plus malin
qu’un aigle qui a faim

mais ça court vite un aigle

un aigle qui a faim
c’est une brute en chemin

le lièvre dit :

« je suis fort aussi
je peux faire le dernier pli
remporter la partie
la chance, ça compte aussi »

un porte bonheur ?

une patte de lapin ?

mieux que ça
il en a quatre sur lui

un trèfle à quatre feuilles ?

les trèfles à quatre feuilles
il les mange en salade
il se purge avec

un fer à cheval ?

l’hippodrome n’est pas si loin
et c’est l’heure de la cinquième

« du haut de la colline
je vais lancer un défi
je vais pousser mon cri
l’honneur, ça compte aussi
j’ai attendu toute ma vie

con d’aigle, je te défie ! »

la partie est lancée

la ligne d’arrivée ?

en bas, dans les fourrés, après le fossé

faites vos jeux
rien ne va plus
les paris sont lancés

une ombre immense
un cri, une haleine dans le ciel

une pensée folle :

« après, après, je ferai la fête
je féliciterai l’athlète accompli que je suis
après, après, je prendrai du repos »

l’ombre de l’aigle est loin derrière
tandis que la sienne le suit

« merde ! de quel côté est le soleil ? »

le fossé, enfin !

le lièvre bondit…

quand on joue contre un aigle
on perd souvent en toute fin de partie
car on joue la montre, aussi






(Image par PublicDomainPictures de Pixabay)


Face à face

Hé, bleu du ciel !

c’est toi l’auteur du soleil ?

alors là, chapeau

t’as pas froid aux yeux

tu le vois là-bas, le petit nuage ?

celui qui sourit, qui te tend les bras

je vous laisse, il veut te parler

en ciel à ciel

de soleil à soleil






(Photo : just_sky_2 de jasejc)


C’est l’automne

Les jeunes feuilles mortes tombent tombent

dans l’air, elles creusent leurs tombes
d’un mouvement régulier

le vent les berce de caresses légères
légèrement mortuaires

c’est la fin

elles s’en balancent
elles dansent sur un air du vent

ça leur creuse une petite faim
alors elles feintent…

les jeunes feuilles mortes
se balancent mollassonnes en se dandinant

soudain !

elles se jettent sur les passantes
qui se dandinent en se déhanchant

tout se joue en quelques hanches et dandinements
car qui se dandine dîne de tout mouvement

les passantes sont au régime
les jeunes feuilles mortes jeunent aussi

dans chaque rue, chaque ruelle
elles se ruent sur elles
pour un dernier repas
de courbes et de charme

pour la dernière cigarette
elles partiront en fumée
roulées dans des flammes

mais à la nuit tombale
on ramasse des passantes à la pelle

à l’appel, il leur manque
des courbes et du charme






(Photo : feuille morte de apfelauge)


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