Vigilance

Prisonnier, qu’as-tu fait ?

pendant que tu dormais
ta liberté s’est envolée

la vigie qui sommeillait
l’a laissé s’échapper

elle est libre d’aller
elle a gagné sa liberté

elle s’est fait la malle !






(Image par David Nisley de Pixabay)


Adieu, Félix

(Photo prise quelques jours avant)





Félix était heureux

à sept lieues d’ici
de se douter un jour
que l’oiseau rouge feu
qui le fixait de haut
était le Phénix fameux

Félix le fabuleux
fameux chasseur
d’après lui-même
d’après ses yeux

Félix, jeune chat trop vif et noir

toujours prêt à ruer pour jouer
à s’ébrouer dans les brancards
à se jeter dans le noir

chaussa d’un bond
ses bottes de 7 lieues, ses griffes

d’un bond, vite !
le ‘traper par la queue

meeerde ! trop tard

d’un bond
ses bottes, ses griffes

et se jeta dans les cieux






(Photo : Felix de Tracey Adams)


Quand j’étais poilu

Poilu est le surnom donné aux soldats
de la Première Guerre mondiale
qui étaient dans les tranchées.


L’armistice du 11 nov 1918 a mis fin aux combats
de la Première Guerre mondiale (1914-1918).

Wikipédia

(La fameuse encyclopédie « gratuite » en ligne
qui a tout le temps, tout le temps besoin d’argent.)




Quand j’étais poilu :
Mémoires d’outre-vie



Dans une autre vie que j’étais poilu
on se lavait à l’obus

ça lave bien l’obus
surtout sous la pluie

il en fallait du courage en hiver
pour se laver à même l’obus glacé

il y avait aussi la pluie horizontale
du baiser des mitrailles
pour bien rincer les éclats d’obus
au niveau de l’œil
de la rotule ou du nombril

pour le dessert
on nous lançait des grenades bien mûres
qui explosaient en couleurs tropicales
dans les assiettes des visages

pour se raser
on avait une baïonnette bic
on l’aiguisait sur des crânes
on l’essuyait dans des entrailles

elle n’était pas jetable
gare à celui qui la perdait
il la payait de sa vie

pour se recoudre les blessures
on avait du fil de fer barbelé
ça tenait mieux que le fer rouge

c’était la guerre
on ne faisait pas de manières

on mangeait les rats crus
on disait des rats
pour que ça ait bon goût
mais souvent c’était des pieds
et ils étaient toujours très sales

quand on s’ennuyait de froid
on chargeait sous le feu ennemi
ça réchauffait le sang des peureux

un bon radiesthésiste
pouvait cibler aux artilleurs
une pièce de 10 sous
dans la poche d’un colonel à moustaches
dans un bunker mal enfumé

pour pleurer sans risquer de se faire fusiller
il fallait rire aux larmes
ou bien verser les larmes à l’intérieur
et puis pisser dans des bouteilles

comme ça, la boue était salée
ça rappelait le bord de mer
c’était nos « vacances » à la guerre



sur un long message
un bon pigeon voyageur
pouvait battre d’une courte tête
un télégraphiste chevronné
sur un 5 000 ou 10 000 mètres sentinelles

souvent, une sentinelle abattait le pigeon

mais pour les sentinelles
les consignes étaient strictes :

interdiction de fumer
et surtout de fumer en groupe
à cause de la flamme de l’allumette

sinon

la première sentinelle
faisait repérer le groupe à un tireur ennemi

la seconde sentinelle
se retrouvait dans la ligne de mire du tireur

et la troisième sentinelle
se prenait à coup sûr en pleine tête
une fiente de pigeon ennemi tireur-voyageur
embusqué au ciel avec son message

un message très clair
à l’adresse de l’ennemi






(Photo : Chewbacca de Barkar B)


Le gilet

J’ai failli si souvent

mais presque très souvent
j’ai plus souvent failli
que souvent réussi

j’ai failli si souvent
que j’ai fini par tricoter les mailles
d’un gilet pare-failles
un gilet pare-tout

que je porte en pare-mal
qui me protège des mauvais coups
qui m’absout d’à-peu-près tout
même des blagues à deux balles

un gilet à deux coups
rechargeable par chargeur de failles
par-dessous le corps de larmes






(Photo : savanna de MitsukoTonouchi ← !!!!!)


Apocalypse selon St-Jacques

Alors

on leur donna des fourches
et à d’autres des piques
pour surveiller la cuisson
de tous ceux et celles qui avaient ri
en les jetant vivantes
dans des marmites d’eau bouillante

elles, les coquilles Saint-Jacques

mais aussi les homards, les langoustines
et sans oublier, tous les oubliés :

les poissons panés !

ces poissons sans queue ni tête
ces poissons un peu bêtes
jetés vivants rectangulaires
dans un état de stress géométrique
sur fond de poêles chauffées à blanc
tapissées d’huile

écoutez-le hurler, le poisson pané
le poisson pané ne crie pas, il ne hurle pas
le poisson pané frit, c’est son cri à lui

son hurlement !

mais ils auront leur revanche
les poissons panés
mais elles auront leur vengeance
les coquilles Saint-Jacques

« que faisiez-vous aux temps chauds
des cuissons dans l’eau, dans l’huile
de tous nos amis jetés vivants ? »

demandèrent-elles lors du procès
à tous ces guère emprunts à rire maintenant

« eh bien, nuit et jour
nous riions, nous mangions
ne vous déplaise »

« ah, vous riiez
ah, vous mangiez nos amis
eh bien, hurlez maintenant

eh bien, souffrez maintenant qu’à notre tour
nous vous fassions souffrir, vous et vos amis
et nous nous régalions de vos souffrances
car elles nous sont si savoureuses, si délicieuses

ne vous déplaise »






(Image par LoggaWiggler de Pixabay)


Le veilleur de la nuit

Tigre, tigre
enrobé, sans complexe

en robe de terreur
tu traînes dans les nuits
la nuit est ta reine
la chasse ton royaume

enrôlé de force dans
« le veilleur de la nuit »
tu t’imposes d’entrée
comme le tueur de la série

un tueur périodique
presque épisodique
qui s’investit dans la série
à chaque épisode produit
comme tueur en série

on voit bien qu’à vue d’œil
le tueur grossit

tigre, tigre
sans complexe
pour le poids de ta force

pour une grosse bête
tu connais bien ton texte
tu surgis, puis rugis
mais toujours trop tard !

sans conteste
de tous les dangers
qui jaillissent de la nuit
tu es de très loin
l’aigle de la jungle






(Image par Gerhard G. de Pixabay)


Le fantôme

Dehors
le criquet en faisait des tonnes
avec ses « cric cric cric »

le chien, lui, croquait ses croquettes
« shroc shroc shroc »

à l’intérieur
le chat se grattait à la grecque
en luttant contre ses puces romaines
« shrac shrac shrac »

en haut
le plancher craqua
« crac »

pourtant
il n’y avait personne

le criquet s’arrêta net de criquer
« ………. »

la cruche, elle
elle croyait aux fantômes
« c’est peut-être un miracle ? »
se risqua-t-elle

le chat la regarda
préférant ne rien dire

qu’elle était gourde cette cruche
elle était vide de bons sens et d’eau

à en croire ses babines
elles étaient bonnes les croquettes

il voulut laper de l’eau
mais la gourde resta sourde
elle resta vide à ses appels

mais quelle cruche, celle-là !

équilibre brisé
elle s’écroula en mille morceaux
« plinnnnnk »

au grenier
le craquement s’arrêta net
« cr………. »

était-ce le fantôme ?

dans leur effroi
les puces bondirent par la fenêtre
aussitôt précédées par leur maître

empruntant la voie des airs
la cruche s’éleva jusqu’au grenier
laissant à terre ses mille morceaux

quelle ne fut sa surprise
car la pièce était vide
aucune trace du fantôme

elle fit un pas sur le plancher

le plancher craqua
« crac »

« j’avais donc raison
il y a bien un fantôme ici
et moi qui me croyais une cruche
dans le regard des autres

mais quelle gourde je suis !

aaah !

toute cette histoire m’a donné soif
j’ai une de ces soifs de vivre
je me sens mille fois plus vivante
sans mes mille morceaux
et je me sens légère, légère
je me sens pleine d’esprit »

elle n’était plus si gourde sur sa faim de vie

au final, elle avait tout compris :

tu vis, tu vis ; tu meurs, tu vis
simplement, tu la vis ailleurs

elle a juste fait un p’tit « coucou » à ses amis
et elle est partie sans son argile
en filant comme une étoile






(Image par analogicus de Pixabay)


Le défi

C’était un lièvre à moitié fou
qui se croyait plus malin
qu’un aigle qui a faim

mais ça court vite un aigle

un aigle qui a faim
c’est une brute en chemin

le lièvre dit :

« je suis fort aussi
je peux faire le dernier pli
remporter la partie
la chance, ça compte aussi »

un porte bonheur ?

une patte de lapin ?

mieux que ça
il en a quatre sur lui

un trèfle à quatre feuilles ?

les trèfles à quatre feuilles
il les mange en salade
il se purge avec

un fer à cheval ?

l’hippodrome n’est pas si loin
et c’est l’heure de la cinquième

« du haut de la colline
je vais lancer un défi
je vais pousser mon cri
l’honneur, ça compte aussi
j’ai attendu toute ma vie

con d’aigle, je te défie ! »

la partie est lancée

la ligne d’arrivée ?

en bas, dans les fourrés, après le fossé

faites vos jeux
rien ne va plus
les paris sont lancés

une ombre immense
un cri, une haleine dans le ciel

une pensée folle :

« après, après, je ferai la fête
je féliciterai l’athlète accompli que je suis
après, après, je prendrai du repos »

l’ombre de l’aigle est loin derrière
tandis que la sienne le suit

« merde ! de quel côté est le soleil ? »

le fossé, enfin !

le lièvre bondit…

quand on joue contre un aigle
on perd souvent en toute fin de partie
car on joue la montre, aussi






(Image par PublicDomainPictures de Pixabay)


Face à face

Hé, bleu du ciel !

c’est toi l’auteur du soleil ?

alors là, chapeau

t’as pas froid aux yeux

tu le vois là-bas, le petit nuage ?

celui qui sourit, qui te tend les bras

je vous laisse, il veut te parler

en ciel à ciel

de soleil à soleil






(Photo : just_sky_2 de jasejc)


C’est l’automne

Les jeunes feuilles mortes tombent tombent

dans l’air, elles creusent leurs tombes
d’un mouvement régulier

le vent les berce de caresses légères
légèrement mortuaires

c’est la fin

elles s’en balancent
elles dansent sur un air du vent

ça leur creuse une petite faim
alors elles feintent…

les jeunes feuilles mortes
se balancent mollassonnes en se dandinant

soudain !

elles se jettent sur les passantes
qui se dandinent en se déhanchant

tout se joue en quelques hanches et dandinements
car qui se dandine dîne de tout mouvement

les passantes sont au régime
les jeunes feuilles mortes jeunent aussi

dans chaque rue, chaque ruelle
elles se ruent sur elles
pour un dernier repas
de courbes et de charme

pour la dernière cigarette
elles partiront en fumée
roulées dans des flammes

mais à la nuit tombale
on ramasse des passantes à la pelle

à l’appel, il leur manque
des courbes et du charme






(Photo : feuille morte de apfelauge)


Tracer la piste

Il le sait bien le loup
qu’au moindre doute
à la chasse on l’enverra
perdre sa place

alors il fonce sur la piste
pour approcher la place
du dernier de la chasse

mais quand le piège
sent trop le renfermé
il n’est pas non plus
né de la dernière pluie
le loup

il entend quelqu’un
effacer ses traces

s’il n’y prend garde
bientôt, il aura disparu

on a repris sa piste !

alors il fonce
il fonce comme un fou

et sa mauvaise haleine ?
alors là, il s’en fout !

ils veulent lui faire une crasse ?
en faire le dindon d’une farce ?

il se casse, il trace
il les laisse sur place

il mangera demain
pour l’heure, il court

la vie ? il la dévore !
aujourd’hui encore
il est plein de vie

alors il court, il court le loup

il mangera demain
se vengera de faim






(Photo de : Wolf de pike JO)


C’est la rentrée

« … est à apprendre par cœur
pour mercredi matin prochain

ceux qui ne sauront pas
ou qui ne seront pas là
seront collés l’après-midi
et leurs oreilles décollées

ils devront les recoller
pendant l’heure de colle

prévoir un gros tube de colle
et une bonne agrafeuse

pour les habitués

rendez-vous directement
au point de colle habituel
pour aller au coin
avec un bonnet d’âme
de mauvais élève

et maintenant…

interro surprise !

sileeence !!!

sortez tous un p’tit bout d’papier

voici une image

vous avez une minute de silence
pour trouver la bonne réponse par écrit

après, je ramasse les copies »



(réponse plus bas)

(image 6llabe.com réalisée sur Paint)











Pour les mauvais élèves, la réponse est : Le magnifique homme de Rio
avec feu tout feu tout flammes, Monsieur Jean-Paul Bebel Belmondo




(Photo de l’agrafeuse : A « Vanguard » stapler de Andy / Andrew Fogg)


Mer de velours

Pré vert
mer bleue
soleil jaune
nuage blanc

prés verts
ciels bleus
soleils d’orangeade
océans de limonade
nuages de crèmes glacées

ciel bleu
mer d’encre
encre rouge
un aileron passe

ciel de mariée
ancres de Chine
thons rouges
pauvres pêcheurs
privés de tout

farniente
crèmes glacées
petites pépées
grosses claques

mer côtelée de vagues de velours
pantalon de velours
grosse côtes
années 70






(Photo : Blue Sea de tom tom)


Tour de passe-passe

J’y mal y pense :


un passe-partout

même salutaire, même sanitaire

se pourrait-il dissimuler

un projet rapetou

dans son sac à malices ?


sac rempli à craquer


des plus mauvais tours :


des tours de magie, des tours de vis

des tours de force, une tour de contrôle

et des tours de vices, chacun à son tour



jusqu’au dernier tour
:


le contrôle de tous

contrôle absolu






Ça y est, c’est fait !

ils m’ont eu, c’est fini
on m’a injecté la deuxième dose

je suis cuit, je suis foutu
je ne suis plus que l’ombre de moi-même
parmi d’autres ombres, ombres d’elles-mêmes

ils ne m’ont même pas attaché
c’est moi qui suis venu de mon plein gré

je n’ai pas trop eu le choix, il faut bien manger

je travaille dans un centre inhospitalier
ils tuent des gens tous les jours
et ils s’en lavent les mains

ils font tourner la machine
c’est du business désinfecté

le pharmacien, l’enfoiré, il a mis la dose !

je lui parlai chiffon, 5G
il n’a pas du tout aimé
il m’a fait deux piqures pour le prix d’une

je ne lui ai même pas cassé la gueule
je suis juste parti en volant deux boîtes de Doliprane

ce matin

en rasant la glace de bonne heure
j’ai préféré fermer les yeux
pour éviter de me couper

ça n’a pas raté…

j’ai juste ouvert un œil
pour stopper l’hémorragie
et j’ai vu un type qui souriait jaune

un traître, un félon
un renégat de ses premières convictions

même si du coup
je me suis sauvé la vie, en fait
avec ce vaccin !

j’aurais eu un chat noir à portée de main
je lui aurais demander de me labourer le visage

du temps de feu ma dignité
j’étais sûr de faire partie un jour
d’une Résistance active et citoyenne

mais non

dès la première injonction de l’État :
je cours, je cours vers ma première injection !

deuxième injonction :
pareille ! je cours, je cours !

un vrai béni-oui-oui

au moins, suis-je en règle maintenant

cela dit

à tous ceux qui voudrait me jeter
une bassine d’opprobre sur la tête

qu’ils balayent d’abord le cri
des corneilles devant leur porte






(Photo : keys de ke dickinson)


Faux bijou

Endormie dans l’herbe
elle ne vit pas le perce-oreille
ôter la boucle à son oreille

puis du bout de sa pince
se pendre pour un bijou
plaqué sans or sur sa joue
à écouter ses rêves
à la porte de l’oreille

la chenille en passant
lui chatouilla le ventre

elle se réveilla

vite ! le perce-oreille lâcha sa prise
il était laid, il faisait peur à voir

elle retrouva sa boucle dans l’herbe

quel drôle de rêve :

un perce-oreille, une chenille
mais pas de mouches ?
si près des vaches ?






(Photo : Carnelian earrings de Outi)


L’offre

Au bar je lui ai demandé :

– qu’est-ce tu fais de beau
dans la vie, ma beauté ?

elle m’a rit au nez, elle m’a dit :

– rien, je traque mes émotions
je fais trébucher des regards
et j’offre des cicatrices

qu’est-ce que tu prends ?
c’est moi qui offre




______________________________

– Tu fais quoi dans la vie ?

– Rien. Je poursuis des émotions,
je trébuche dans des regards
et je collectionne des cicatrices.

Charles Monroe Schulz






(Photo : a heart of gold de Theophilos Papadopoulos)


Accès par le corps

Par son corps

j’accède à son âme
certes lointaine
mais présente en ce corps

par son corps

j’accède à ses humeurs
souvent maussades
au réveil du corps

par son corps

j’accède à sa chaleur
à la chaleur de son corps

par son corps

j’accède à son corps
témoin d’une âme par la chaleur






(Photo : a heart of gold de Theophilos Papadopoulos)


Un jour

À tous les tombés
les tombés par et pour
les tombées pour l’amour

tombés des nues
tombées des remparts

dès la levée du jour
par la poste du soir

à toutes ces hécatombes :

tu tombes une fois par amour
tu tomberas toujours

tu tombes un jour
au tombeau d’un amour
alors l’amour te tombera de fleurs
te tombera dessus et te recouvrira

mais si tu tombes d’un amour
tombé des beaux jours
alors, l’amour, un jour

te refleurira






(Photo : a heart of gold de Theophilos Papadopoulos)


Vos yeux

Vos yeux sont deux lampes torches
aux faisceaux de diamants façonnés d’émeraudes
dans leurs assauts verts et brillants
de façade atlantique

vos yeux sont un rêve rougeoyant
parsemés de hauts-fourneaux

vos yeux sont des fonds océaniques
éclairés comme un stade de finale olympique

vos yeux sont deux photos
tombées des bleus du ciel
sur les ailes d’un clignement de cils

vos yeux sont une seule piste
une même enquête en cours
depuis l’aube de la quête de l’amour






(Photo : a heart of gold de Theophilos Papadopoulos)


À vendre

À vendre (état neuf ! malgré…
petit dysfonctionnement d’origine)

« véritable machine à nettoyer »

mais qui n’a jamais fait
le moindre ménage parmi les rongeurs
dans une cave infestée de souris

machine achetée
comme « machine à tuer »
revendue d’occase
comme « machine à ronronner »

excellent état du moteur

peut servir de cale entre deux radiateurs

consommation :

environ un rideau par heure
(rideaux plus chaleur)

marque de très bonne fabrication
ronronnements garantis 15 ans
petits défauts : dents, griffes et caractère

cédons l’ensemble à très bas prix
emballage d’origine compris
le tout emballé de force dans son panier

votre offre sera la meilleure
premier venu premier servi
ne sera ni repris ni échangé






(Photo : Washing Machine Details de Dejan Krsmanovic)


L’exécution

L’orage noyait tout le ciel
mais un filet de lumière subsistait

le chef des nuages

un énorme cumulo-nimbus
qui dégustait des éclairs à la foudre

rota un rot septentrional
qui éclata le tympan d’une montagne

c’était le rot d’ordre d’exécution capitale

un bourreau se détacha
de sa masse gigantesque

enfila un sombre manteau
enfila d’épais gants froids
enfila un sourire glacé

et serra froidement
la fine gorge de lumière
jusqu’à ce qu’elle ait
corps et biens disparu

au matin

les nuages avaient disparu
la lumière renaissait de ses cendres






(Photo : orage de Emmanuel Froissant)


Tic, tac, toc

C’est la tactique de la pendule
pour égrener le temps qui passe
et conserver celui qui reste

malgré ses trois vieilles mains tout abimées
elle continue à travailler

elle répète sans jamais se lasser :

« chaque jour, il faut continuer d’avancer »

elle est comme un vieux chat à la retraite
dont le vieux cœur malgré son âge
ne peut cesser de ronronner

et face à feu sa grande amie la cheminée
elle a un air de vieille métaphore cendrée






(Photo : fireplace de lorenzomicheli)


Zzz mouche’s syndrome

En tant que mouche
elle connaissait souvent
des moments de vastes furies
ou se mouvaient en elle
d’impétueux besoins
de mouvance subite

des besoins impérieux
autant qu’impératifs
qui lui faisaient laisser en plan
ce qu’elle était en train d’entreprendre
pour se projeter dans l’instant
vers un autre lieu

elle eût désiré d’autres dons
mais les dotations de la Nature
sont souvent irrévocables

elle en prenait son parti
et le portait comme un fardeau






(Photo : Envie de sortir de Yannick ST-Jacques Prescod)


Nénufaramentesque

Les jolis nénuphards
Les jolis nénuphars
Les jolis nénufars

Les jolis nénufards

tout fardés de grenouilles
z-étangdues zoo soleil

se tenaient au loin du groscrodile

qui digérait sans faim
un imprudent visiteur

l’impudent l’avait traité de « gros coco »

« coco toi-même » avait-il répondu

une larme au coin de l’œil






(Photo : grenouille de tongim29)


La vache !

Oh, la vache !

mais ça fait vachement mal !

oui je sais
je suis vachement bonne

mais bordel, merde !

pouvez pas faire attention ?

j’suis quoi pour vous ?
juste une vache ?

j’suis qu’une vache, certes

mais quand même
faites gaffe avec vos crochets

j’suis même pas morte !






(Photo : McDonalds de Mike Mozart)


Grandeur d’âme

Quelle est la grandeur d’âme d’une girafe ?
le poids de celle d’un éléphant ?

et les microbes ?
portent-ils une âme pour se défendre ?

quant au soleil, ce gros chaudron

est-il un être de lumière
ou bien un simple extra-terrestre ?






(Photo : sun de lilttleskittle)


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