Sangs dessus dessous

Surtout ne m’écris que je ne te réponde
ne donne libre cours à tes folles envies
tu répandrais semailles de nos anciens désirs
sur nos chemins herbeux en jachère d’amour

tu rallumerais nos fougues en foudres
sur de la poudre qui fut à vif notre engrais
tu dresserais encore des foules
à s’élever de rage contre nos cris

femme fantasque et fantastique
poudrée de lumière de phare et qui m’a ébloui
parfois jusqu’à l’aveuglé ment pour se nourrir

m’éveillerais-tu encore
à nos sens dessus dessous
emmêlés sens épris
de l’autre pour sa peau

sangs dessous, peaux dessus
en mers agitées de courants d’énergie
qui voguaient de tangos en roulis

que cherches-tu à me réémerveiller
me trouveras-tu prêt à me rééveiller
à nos fantasmes d’autrefois
dans ces orgies de souvenirs

tu débauchais alors mes brides
et j’acquiesçais à tes douces folies
mais ce temps-là est révolu

alors je t’en prie
surtout ne m’écris
ne m’en dis davantage

donnons-nous au contraire
des motifs de patience
comme une seconde chance

nos visages apprennent le sillon
pour creuser dans l’hiver

n’aie crainte de la dernière
des plus belles saisons

nous nous bientôt heureux
retrouverons tous deux

nous nous rallumerons
et nos yeux brilleront





(Image : congerdesign sur Pixabay)


Outrage à Don Juan

Pour outrage sur la voie publique
à un représentant de l’ordre du désir

vous êtes tenue d’accepter sous huitaine
d’huîtres et de roses en bouquet
un rendez-vous galant

où vous me présenterez
et c’est bien la moindre des choses
vos plus plates, j’insiste !
préférées bouteilles d’eaux calmes
sur ces cartes de vins hors de prix

n’ayez crainte d’être assommée
de paroles plates ou creuses
je veillerai à faire le délice de vos oreilles
en les comblant de boucles d’or et de diamant
sorties tout droit de l’écrin d’un poème d’Orient

dites-moi simplement
le jour et l’heure
de ce duel de cœurs battants
de la pointe des mots doux

en soirée de préférence
que nous puissions plus avant
deviser jusque tard dans la nuit






(Photo : Naomiki Sato – various roses de Daniele Adami)


L’offre

Au bar je lui ai demandé :

– qu’est-ce tu fais de beau
dans la vie, ma beauté ?

elle m’a rit au nez, elle m’a dit :

– rien, je traque mes émotions
je fais trébucher des regards
et j’offre des cicatrices

qu’est-ce que tu prends ?
c’est moi qui offre




______________________________

– Tu fais quoi dans la vie ?

– Rien. Je poursuis des émotions,
je trébuche dans des regards
et je collectionne des cicatrices.

Charles Monroe Schulz






(Photo : a heart of gold de Theophilos Papadopoulos)


Accès par le corps

Par son corps

j’accède à son âme
certes lointaine
mais présente en ce corps

par son corps

j’accède à ses humeurs
souvent maussades
au réveil du corps

par son corps

j’accède à sa chaleur
à la chaleur de son corps

par son corps

j’accède à son corps
témoin d’une âme par la chaleur






(Photo : a heart of gold de Theophilos Papadopoulos)


Un jour

À tous les tombés
les tombés par et pour
les tombées pour l’amour

tombés des nues
tombées des remparts

dès la levée du jour
par la poste du soir

à toutes ces hécatombes :

tu tombes une fois par amour
tu tomberas toujours

tu tombes un jour
au tombeau d’un amour
alors l’amour te tombera de fleurs
te tombera dessus et te recouvrira

mais si tu tombes d’un amour
tombé des beaux jours
alors, l’amour, un jour

te refleurira






(Photo : a heart of gold de Theophilos Papadopoulos)


Vos yeux

Vos yeux sont deux lampes torches
aux faisceaux de diamants façonnés d’émeraudes
dans leurs assauts verts et brillants
de façade atlantique

vos yeux sont un rêve rougeoyant
parsemés de hauts-fourneaux

vos yeux sont des fonds océaniques
éclairés comme un stade de finale olympique

vos yeux sont deux photos
tombées des bleus du ciel
sur les ailes d’un clignement de cils

vos yeux sont une seule piste
une même enquête en cours
depuis l’aube de la quête de l’amour






(Photo : a heart of gold de Theophilos Papadopoulos)


Fragiles

Éphémères chemins des rencontres

éphémères chemins
des empreintes empruntées
quelques pas durant

la marée efface leurs premiers pas

seules les amours qui en pâtissent
sont celles qui poussent sur la plage

les pousses fraîches
les pousses tendres des amours






(Photo : Tide de Jesse Menn)


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