Sur le départ

Elle me reproche ouvertement
de ne pas vouloir persécuter
ces jolies demoiselles
de la gent trotte-menu

que m’ont-elles fait
que je devienne leur bourreau ?
ne vivons-nous pas sous le même toit ?

et puis

une morsure de souris
ce n’est pas aussi anodin qu’on dit
dans la vie, tout peut s’infecter
et même désinfecté
rien n’est jamais sûr

je suis quoi pour elle ?

de la bonne pâte
que l’on peut malaxer sans fin
jusqu’à obtenir de force
de délicieux ronrons tout chauds

une paire d’yeux magnifiques
comme deux cerises vertes
qu’elle peut convoiter
par gourmandise de beauté
pour les dévorer des yeux

c’est tout ce que je suis ?

un cerisier d’Éden
une pâte de fruits

eh bien, moi je dis
qu’elle m’a instrumentalisé
et que je peux très bien
m’en aller voir ailleurs

chez la voisine, par exemple
cette blonde aux seins lourds
et laiteux magnifiques
qu’elle jalouse, je le sais

j’y serai sûrement mieux traité
que chez cette brune un peu piquante

elle m’a depuis trop longtemps réduit
à l’état d’être-objet presque parfait
de ma queue tout ébouriffée
quand je suis en colère
jusqu’au panache extraordinaire
de mes moustaches en pointe

et je ne vous parle même pas
de la pointe de mes oreilles
qu’elle triture sans cesse

c’est humiliant, certes
c’est même avilissant
mais ô combien relaxant

et puis

je n’ai pas à me quasi prostituer
dans des poses quasi érotiques
pour qu’elle se rince l’œil de mon ventre
lors de mes siestes félines

et quitte à faire le gigolo
quitte à n’être que du gigot
– du gigot à poil, en plus –
que ce soit au moins
pour un gite et un couvert de qualité

car c’était du « mon gros »
au pays des papouilles
et c’était du « mon chou »
dans le sens des gratouilles

mais je vous dis !
j’y étais quand même

c’en était à ce stade
je n’étais plus que son mon gros
elle m’avait réduit à juste son mon chou

à tout bout de chambre
pour un oui pour un non
elle me maltraitait sans cesse
à grands coups de « gros vilain »

elle me trainait de force
jusque dans la salle des bains
et là, elle me noyait
dans de la grosse mousse
pour me bichonner jusqu’aux oreilles

ah tiens, je ne suis plus
un gros vilain, un petit monstre
je suis devenu un petit coquin
trop craquounet

qu’avais-je donc fait
pour être traité de fond en comble
comme une traînée sans fond
que l’on ravale de son ravin de perdition ?

quand j’y repense
pour un peu, je devenais sa chose
brrr, j’en ai encore la chair de poule

mais ce qu’elle oublie
c’est que je descends du lion
du lion, que dis-je
du lion et du tigre rayé

que dans une autre vie
autrement palpitante
je descendais d’un lion debout
vers un tigre couché

d’un seul bond
à travers un cerceau

et que c’était mon numéro
sous un chapiteau d’étoiles
qui me tenait lieu de manteau

dans une cage dans un cirque
au milieu d’une foule ramassée
je marchais sur un lion

– le piétinant allègrement –

je bondissais jusque sur le tigre
à travers le beau cerceau d’argent
aux dents de flammes qui voyaient rouge

à mi-bond de deux fauves
réduits à l’état d’échine
je m’offrais en spectacle
à un parterre de lionnes et tigresses
tapissées à mes pieds bondissants

j’ai bercé les étoiles, j’ai séduit des foules
au milieu de flammes qui me léchaient
dans un cercle de lionnes et tigresses
qui haletaient les yeux brillants

elles jetaient sur mon corps
des passions très dévorantes

dévotion pour un artiste
ou désir de la chair en vol ?



image : Alexas_Fotos sur Pixabay


5 commentaires sur “Sur le départ

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