Quand j’étais poilu

Poilu est le surnom donné aux soldats
de la Première Guerre mondiale
qui étaient dans les tranchées.


L’armistice du 11 nov 1918 a mis fin aux combats
de la Première Guerre mondiale (1914-1918).

Wikipédia

(La fameuse encyclopédie « gratuite » en ligne
qui a tout le temps, tout le temps besoin d’argent.)




Quand j’étais poilu :
Mémoires d’outre-vie



Dans une autre vie que j’étais poilu
on se lavait à l’obus

ça lave bien l’obus
surtout sous la pluie

il en fallait du courage en hiver
pour se laver à même l’obus glacé

il y avait aussi la pluie horizontale
du baiser des mitrailles
pour bien rincer les éclats d’obus
au niveau de l’œil
de la rotule ou du nombril

pour le dessert
on nous lançait des grenades bien mûres
qui explosaient en couleurs tropicales
dans les assiettes des visages

pour se raser
on avait une baïonnette bic
on l’aiguisait sur des crânes
on l’essuyait dans des entrailles

elle n’était pas jetable
gare à celui qui la perdait
il la payait de sa vie

pour se recoudre les blessures
on avait du fil de fer barbelé
ça tenait mieux que le fer rouge

c’était la guerre
on ne faisait pas de manières

on mangeait les rats crus
on disait des rats
pour que ça ait bon goût
mais souvent c’était des pieds
et ils étaient toujours très sales

quand on s’ennuyait de froid
on chargeait sous le feu ennemi
ça réchauffait le sang des peureux

un bon radiesthésiste
pouvait cibler aux artilleurs
une pièce de 10 sous
dans la poche d’un colonel à moustaches
dans un bunker mal enfumé

pour pleurer sans risquer de se faire fusiller
il fallait rire aux larmes
ou bien verser les larmes à l’intérieur
et puis pisser dans des bouteilles

comme ça, la boue était salée
ça rappelait le bord de mer
c’était nos « vacances » à la guerre



sur un long message
un bon pigeon voyageur
pouvait battre d’une courte tête
un télégraphiste chevronné
sur un 5 000 ou 10 000 mètres sentinelles

souvent, une sentinelle abattait le pigeon

mais pour les sentinelles
les consignes étaient strictes :

interdiction de fumer
et surtout de fumer en groupe
à cause de la flamme de l’allumette

sinon

la première sentinelle
faisait repérer le groupe à un tireur ennemi

la seconde sentinelle
se retrouvait dans la ligne de mire du tireur

et la troisième sentinelle
se prenait à coup sûr en pleine tête
une fiente de pigeon ennemi tireur-voyageur
embusqué au ciel avec son message

un message très clair
à l’adresse de l’ennemi






(Photo : Chewbacca de Barkar B)


2 commentaires sur “Quand j’étais poilu

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