Nouvel an, nouveau système

– conseil de sécurité de l’ONU –

« À la communauté internationale
rappelons le principal chef d’exécution :

fréquents survols de la Cité interdite
sans la moindre autorisation, et ce
malgré de nombreux avertissements

par voie de conséquence

après comparution immédiate en direct
l’accusé ne pouvant se prévaloir
d’aucune stature de prisonnier politique
non plus que de statues diplomatiques
autres que d’anciens cultes interdits

le délinquant de droit hors du commun
a été exécuté cette nuit en direct
par un tir de rayon gamma à très haute énergie
depuis nos bases militaires lunaires
puis immédiatement remplacé

– car personne n’est irremplaçable
dans le nouveau système –

son remplaçant est bien évidemment
un soleil de fabrication chinoise

il n’y a donc plus de système solaire
il n’y a plus qu’un système chinois planétaire »






(Image : Gardiens porte Cité interdite de DEZALB sur Pixabay)


Drame de la ruralité

En mettant fin à ses jours
une cloche qui se pendait
a failli étrangler une vache

on vient juste de la ranimer
mais elle est bien sonnée

la vache bien sûr !

la cloche, elle
elle s’est pas ratée

JOURNALISTE BFMTV

bonjour, madame

comment vous allez ?
vous vous remettez ?

LA VACHE

je me remets, je me remets
c’est vite dit, ça
je me remets mais lentement
très doucement

j’ai vraiment eu chaud
je reviens de loin
j’ai eu la peur de ma vie

cette cloche

elle était complètement fêlée
je l’avais déjà signalée
ce n’était pas la première fois

je ne pouvais pas faire un pas
sans qu’elle me suive partout
en se faisant remarquer

« oui, mais comprenez
elle s’est attachée à votre service »
qu’on m’avait répondu

la belle affaire !

moi, je suis terriblement choquée
peut-être même que plus jamais
je ne pourrai fabriquer du lait

je n’arrivais plus à respirer
j’ai vu danser des étoiles toutes nues
et je vous jure que c’est vrai
ma vie s’est mise à défiler devant mes yeux

moi, mon métier, c’est le lait
je ne fais de mal à personne
je ne suis pas une vache folle

je connais aussi mes droits
je n’ai peut-être pas l’air comme ça
mais je ne suis pas qu’une conne
je ne suis pas une vache belge
et j’ai des droits européens

à Bruxelles, j’ai du monde
je connais bien José Bové
quand j’étais petite
il était venu me gratter la tête

oh, je ne suis pas dupe
c’était pour les journalistes
c’est comme ça en politique

n’empêche, il m’en doit une






(Image par Alexas Fotos de Pixabay)


Refonte de la gestion de flux

Le reflux écolo dans la gestion des eaux

l’écoulement des foules et des grains de maïs

le maintien à flot des zoos usés

l’écoulement de la crasse et la fonte des glaces

le repli en bourse des cours du grain

la chasse à cour des poules, dans la basse-cour, des épis de maïs

la hausse des prix dès la chute des silos

les fautes commises par la fonte des glaces :

– les glaces à la vanille et au chocolat
– les banquises à l’otarie et à l’ours en gelée
– les crèmes glacées à la mer et au soleil

et le poids irresponsable de la fonte industrielle
dans l’enfoncement des îles flottantes
et la noyade des incontinents






(Photo : Île flottante de Stéphane PERES)


Épitaphes

Ci-gît,

un cœur d’artichaut
abattu comme un chien
foudroyé par le désir

achevé à bout portant
d’une gratouillette à la tête
tirée d’un doigt armé
d’un ongle rouge silencieux

l’amour ne lui a pas laissé
l’ombre d’une chance
c’est un assassinat

bonjour les dégâts



Ci-gît, un fou

qui remercie l’enclume du bout des bras
d’avoir forgé ses os en plusieurs fois
afin qu’elle meurt dans la douleur
la belle aux formes généreuses

afin qu’il naisse dans l’au-delà
l’oubli des courbes dangereuses
qui dansaient voluptueuses
dans un combat au cœur à corps
plein de coups bas



Mais la cruelle s’en sortira

repentie, elle s’écriera :

« il était une fois un grand Roi
armé d’une poignée de sable dans le vent
qui sema Alléluia, qui s’écria :

‘allez les gars, on y croit
une fois seulement, l’amour vaincra
ça suffira, ça passera’

aux cœurs réduits en espadrilles, il dit un jour :

‘soldez tous les vieux jours
devenez mes troubadours
battez comme mes tambours
allez en paix, le cœur à l’amour’ »






(Image par M W de Pixabay)


Outrage à Don Juan

Pour outrage sur la voie publique
à un représentant de l’ordre du désir

vous êtes tenue d’accepter sous huitaine
d’huîtres et de roses en bouquet
un rendez-vous galant

où vous me présenterez
et c’est bien la moindre des choses
vos plus plates, j’insiste !
préférées bouteilles d’eaux calmes
sur ces cartes de vins hors de prix

n’ayez crainte d’être assommée
de paroles plates ou creuses
je veillerai à faire le délice de vos oreilles
en les comblant de boucles d’or et de diamant
sorties tout droit de l’écrin d’un poème d’Orient

dites-moi simplement
le jour et l’heure
de ce duel de cœurs battants
de la pointe des mots doux

en soirée de préférence
que nous puissions plus avant
deviser jusque tard dans la nuit






(Photo : Naomiki Sato – various roses de Daniele Adami)


Vigilance

Prisonnier, qu’as-tu fait ?

pendant que tu dormais
ta liberté s’est envolée

la vigie qui sommeillait
l’a laissé s’échapper

elle est libre d’aller
elle a gagné sa liberté

elle s’est fait la malle !






(Image par David Nisley de Pixabay)


Adieu, Félix

(Photo prise quelques jours avant)





Félix était heureux

à sept lieues d’ici
de se douter un jour
que l’oiseau rouge feu
qui le fixait de haut
était le Phénix fameux

Félix le fabuleux
fameux chasseur
d’après lui-même
d’après ses yeux

Félix, jeune chat trop vif et noir

toujours prêt à ruer pour jouer
à s’ébrouer dans les brancards
à se jeter dans le noir

chaussa d’un bond
ses bottes de 7 lieues, ses griffes

d’un bond, vite !
le ‘traper par la queue

meeerde ! trop tard

d’un bond
ses bottes, ses griffes

et se jeta dans les cieux






(Photo : Felix de Tracey Adams)


Quand j’étais poilu

Poilu est le surnom donné aux soldats
de la Première Guerre mondiale
qui étaient dans les tranchées.


L’armistice du 11 nov 1918 a mis fin aux combats
de la Première Guerre mondiale (1914-1918).

Wikipédia

(La fameuse encyclopédie « gratuite » en ligne
qui a tout le temps, tout le temps besoin d’argent.)




Quand j’étais poilu :
Mémoires d’outre-vie



Dans une autre vie que j’étais poilu
on se lavait à l’obus

ça lave bien l’obus
surtout sous la pluie

il en fallait du courage en hiver
pour se laver à même l’obus glacé

il y avait aussi la pluie horizontale
du baiser des mitrailles
pour bien rincer les éclats d’obus
au niveau de l’œil
de la rotule ou du nombril

pour le dessert
on nous lançait des grenades bien mûres
qui explosaient en couleurs tropicales
dans les assiettes des visages

pour se raser
on avait une baïonnette bic
on l’aiguisait sur des crânes
on l’essuyait dans des entrailles

elle n’était pas jetable
gare à celui qui la perdait
il la payait de sa vie

pour se recoudre les blessures
on avait du fil de fer barbelé
ça tenait mieux que le fer rouge

c’était la guerre
on ne faisait pas de manières

on mangeait les rats crus
on disait des rats
pour que ça ait bon goût
mais souvent c’était des pieds
et ils étaient toujours très sales

quand on s’ennuyait de froid
on chargeait sous le feu ennemi
ça réchauffait le sang des peureux

un bon radiesthésiste
pouvait cibler aux artilleurs
une pièce de 10 sous
dans la poche d’un colonel à moustaches
dans un bunker mal enfumé

pour pleurer sans risquer de se faire fusiller
il fallait rire aux larmes
ou bien verser les larmes à l’intérieur
et puis pisser dans des bouteilles

comme ça, la boue était salée
ça rappelait le bord de mer
c’était nos « vacances » à la guerre



sur un long message
un bon pigeon voyageur
pouvait battre d’une courte tête
un télégraphiste chevronné
sur un 5 000 ou 10 000 mètres sentinelles

souvent, une sentinelle abattait le pigeon

mais pour les sentinelles
les consignes étaient strictes :

interdiction de fumer
et surtout de fumer en groupe
à cause de la flamme de l’allumette

sinon

la première sentinelle
faisait repérer le groupe à un tireur ennemi

la seconde sentinelle
se retrouvait dans la ligne de mire du tireur

et la troisième sentinelle
se prenait à coup sûr en pleine tête
une fiente de pigeon ennemi tireur-voyageur
embusqué au ciel avec son message

un message très clair
à l’adresse de l’ennemi






(Photo : Chewbacca de Barkar B)


Le gilet

J’ai failli si souvent

mais presque très souvent
j’ai plus souvent failli
que souvent réussi

j’ai failli si souvent
que j’ai fini par tricoter les mailles
d’un gilet pare-failles
un gilet pare-tout

que je porte en pare-mal
qui me protège des mauvais coups
qui m’absout d’à-peu-près tout
même des blagues à deux balles

un gilet à deux coups
rechargeable par chargeur de failles
par-dessous le corps de larmes






(Photo : savanna de MitsukoTonouchi ← !!!!!)


Apocalypse selon St-Jacques

Alors

on leur donna des fourches
et à d’autres des piques
pour surveiller la cuisson
de tous ceux et celles qui avaient ri
en les jetant vivantes
dans des marmites d’eau bouillante

elles, les coquilles Saint-Jacques

mais aussi les homards, les langoustines
et sans oublier, tous les oubliés :

les poissons panés !

ces poissons sans queue ni tête
ces poissons un peu bêtes
jetés vivants rectangulaires
dans un état de stress géométrique
sur fond de poêles chauffées à blanc
tapissées d’huile

écoutez-le hurler, le poisson pané
le poisson pané ne crie pas, il ne hurle pas
le poisson pané frit, c’est son cri à lui

son hurlement !

mais ils auront leur revanche
les poissons panés
mais elles auront leur vengeance
les coquilles Saint-Jacques

« que faisiez-vous aux temps chauds
des cuissons dans l’eau, dans l’huile
de tous nos amis jetés vivants ? »

demandèrent-elles lors du procès
à tous ces guère emprunts à rire maintenant

« eh bien, nuit et jour
nous riions, nous mangions
ne vous déplaise »

« ah, vous riiez
ah, vous mangiez nos amis
eh bien, hurlez maintenant

eh bien, souffrez maintenant qu’à notre tour
nous vous fassions souffrir, vous et vos amis
et nous nous régalions de vos souffrances
car elles nous sont si savoureuses, si délicieuses

ne vous déplaise »






(Image par LoggaWiggler de Pixabay)


Le veilleur de la nuit

Tigre, tigre
enrobé, sans complexe

en robe de terreur
tu traînes dans les nuits
la nuit est ta reine
la chasse ton royaume

enrôlé de force dans
« le veilleur de la nuit »
tu t’imposes d’entrée
comme le tueur de la série

un tueur périodique
presque épisodique
qui s’investit dans la série
à chaque épisode produit
comme tueur en série

on voit bien qu’à vue d’œil
le tueur grossit

tigre, tigre
sans complexe
pour le poids de ta force

pour une grosse bête
tu connais bien ton texte
tu surgis, puis rugis
mais toujours trop tard !

sans conteste
de tous les dangers
qui jaillissent de la nuit
tu es de très loin
l’aigle de la jungle






(Image par Gerhard G. de Pixabay)


Le fantôme

Dehors
le criquet en faisait des tonnes
avec ses « cric cric cric »

le chien, lui, croquait ses croquettes
« shroc shroc shroc »

à l’intérieur
le chat se grattait à la grecque
en luttant contre ses puces romaines
« shrac shrac shrac »

en haut
le plancher craqua
« crac »

pourtant
il n’y avait personne

le criquet s’arrêta net de criquer
« ………. »

la cruche, elle
elle croyait aux fantômes
« c’est peut-être un miracle ? »
se risqua-t-elle

le chat la regarda
préférant ne rien dire

qu’elle était gourde cette cruche
elle était vide de bons sens et d’eau

à en croire ses babines
elles étaient bonnes les croquettes

il voulut laper de l’eau
mais la gourde resta sourde
elle resta vide à ses appels

mais quelle cruche, celle-là !

équilibre brisé
elle s’écroula en mille morceaux
« plinnnnnk »

au grenier
le craquement s’arrêta net
« cr………. »

était-ce le fantôme ?

dans leur effroi
les puces bondirent par la fenêtre
aussitôt précédées par leur maître

empruntant la voie des airs
la cruche s’éleva jusqu’au grenier
laissant à terre ses mille morceaux

quelle ne fut sa surprise
car la pièce était vide
aucune trace du fantôme

elle fit un pas sur le plancher

le plancher craqua
« crac »

« j’avais donc raison
il y a bien un fantôme ici
et moi qui me croyais une cruche
dans le regard des autres

mais quelle gourde je suis !

aaah !

toute cette histoire m’a donné soif
j’ai une de ces soifs de vivre
je me sens mille fois plus vivante
sans mes mille morceaux
et je me sens légère, légère
je me sens pleine d’esprit »

elle n’était plus si gourde sur sa faim de vie

au final, elle avait tout compris :

tu vis, tu vis ; tu meurs, tu vis
simplement, tu la vis ailleurs

elle a juste fait un p’tit « coucou » à ses amis
et elle est partie sans son argile
en filant comme une étoile






(Image par analogicus de Pixabay)


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